Le ministre de la Communication et Médias, porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a présenté, le 23 octobre 2026, au cours de la 101ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres, une note d’information relative aux conclusions et recommandations de la Table ronde nationale Médias–Justice–Sécurité.

La réunion du Conseil des ministres était présidée à Kinshasa par le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.

Organisée le 12 octobre 2026 au Cercle de Kinshasa, la Table ronde était placée sous le thème : « Sécurité et responsabilité des journalistes : enjeux de l’application harmonisée de l’Ordonnance-loi n° 23/009 du 13 mars 2023 et du droit pénal congolais ».

Initiée par l’organisation Journaliste en Danger (JED), avec l’appui institutionnel du ministère de la Communication et Médias, cette rencontre a permis de formuler plusieurs recommandations destinées à renforcer la protection des professionnels des médias, à instaurer des mécanismes d’alerte efficaces et à sécuriser leur identification professionnelle.

Renforcer la protection des journalistes

Dans sa présentation au Conseil des ministres, Patrick Muyaya a insisté sur la nécessité de consolider un environnement médiatique libre, responsable et sécurisé. Cette démarche s’inscrit dans la vision du chef de l’État en matière de promotion de l’État de droit, de protection des libertés fondamentales et de renforcement de la démocratie.

« La protection des journalistes constitue un impératif démocratique. Elle doit aller de pair avec le respect de la loi, de l’éthique et de la déontologie professionnelle. Notre responsabilité collective est de garantir aux professionnels des médias les conditions nécessaires à l’exercice libre et responsable de leur métier », a-t-il déclaré, selon la substance de sa note d’information.

Les travaux ont réuni plusieurs institutions publiques et organisations professionnelles, notamment les ministères de la Justice et de l’Intérieur, la Police nationale congolaise (PNC), les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), les services de renseignements ainsi que des représentants des instances judiciaires.

Les échanges ont notamment porté sur les atteintes persistantes à la sécurité des journalistes, particulièrement dans les provinces de l’Est de la République démocratique du Congo, confrontées aux conséquences de l’insécurité et de la guerre informationnelle.

Les participants ont également examiné les défis liés à la désinformation, aux contenus abusifs et aux divergences d’interprétation des dispositions légales encadrant l’exercice de la profession journalistique.

Ils ont préconisé une application harmonisée de l’Ordonnance-loi n° 23/009 du 13 mars 2023, en établissant une distinction claire entre les manquements professionnels relevant de l’éthique et de l’autorégulation et les faits susceptibles de constituer des infractions pénales.

Un mécanisme d’alerte porté par JED

Parmi les principales recommandations figure le soutien au Mécanisme de protection des journalistes présenté par Journaliste en Danger. Ce dispositif doit permettre de recevoir, vérifier et documenter les alertes, de faciliter l’assistance aux journalistes menacés et de favoriser la saisine rapide des autorités compétentes.

La Table ronde a également recommandé la désignation de points focaux permanents au sein des ministères, institutions et services concernés. Ceux-ci auront pour mission d’assurer une liaison rapide et un suivi approprié des alertes, dans le respect des compétences de chaque structure.

Selon Patrick Muyaya, ces points focaux permettront de renforcer le dialogue entre les médias, la Justice et les services de sécurité, tout en améliorant la coordination des interventions lorsque des journalistes sont menacés.

Le mécanisme demeure toutefois propre à JED. Il ne constitue pas une nouvelle administration et ne se substitue ni aux juridictions, ni aux services de sécurité, ni aux autres institutions publiques légalement compétentes.

Vers une carte de presse numérisée et sécurisée

Une autre recommandation majeure concerne la sécurisation de l’identification professionnelle des journalistes. Cette réforme doit contribuer à lutter contre l’usurpation de la qualité de journaliste et à renforcer la crédibilité de la profession.

Patrick Muyaya a rappelé que l’article 8 de l’Ordonnance-loi n° 23/009 du 13 mars 2023 établit une distinction entre la Carte d’Identité Professionnelle (CIP) et la carte de service délivrée par un employeur.

L’article 11 de cette même législation confie à l’instance d’autorégulation la compétence relative à l’octroi, au renouvellement et à l’annulation de la carte professionnelle.

Dans cette perspective, l’Union nationale de la presse du Congo a engagé la deuxième phase du processus de délivrance de la CIP, axée sur sa numérisation et sa dématérialisation.

Cette transformation doit améliorer la traçabilité des demandes, fiabiliser le fichier national des journalistes professionnels et renforcer les mécanismes d’authentification de la carte.

Le ministère de la Communication et Médias a sollicité un accompagnement technique et financier du Gouvernement pour soutenir ce processus, tout en garantissant l’autonomie de l’UNPC dans l’exercice de ses prérogatives statutaires.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité des recommandations issues des États généraux de la Communication et Médias organisés en janvier 2022 à Kinshasa.

Le Conseil des ministres prend acte

Au terme de sa présentation, Patrick Muyaya a soumis trois orientations principales à l’appréciation du Conseil des ministres :

  • la prise d’acte des conclusions de la Table ronde du 12 octobre 2026 ;
  • le soutien au Mécanisme de protection des journalistes porté par JED, accompagné de la désignation de points focaux institutionnels ;
  • l’accompagnement technique et financier du processus de numérisation et de sécurisation de la Carte d’Identité Professionnelle par l’UNPC.

Le Conseil des ministres a pris acte de cette note d’information, ouvrant la voie à la poursuite des concertations institutionnelles nécessaires à la concrétisation de ces recommandations.

L’initiative vise à promouvoir une presse libre, professionnelle et responsable, à renforcer la prévention des atteintes à la sécurité des journalistes et à améliorer la collaboration entre les médias, les autorités judiciaires et les services de sécurité.